GEA - Groupe Ethique de l'ARESSAD

Le prendre soin nait d’une pensée humaniste
et vit dans le partage d’actions pour les humains.

Pensée-cadre issue d’échanges entre les membres du groupe (2019).

Document GEA
Groupe Ethique de l'ARESSAD

Des questions et notre reflexion

L'ARESSAD (Association des Responsables des Services de Soins à Domicile) par le biais de ce forum, vous invite à la réflexion éthique, à prendre de la distance sur le monde tel qu’il est formaté.
Rappelons que le GEA (Groupe Ethique de l’ARESSAD) entend par « domicile » tout lieu de résidence dans lequel doit être respecté la dignité d’une personne, pilier inaliénable de la morale soignante.
Posez vos questions au GEA afin qu’il vous apporte ses réflexions, commentez nos avis, faites part de vos accords et de vos désaccords, faites des retours d’expériences sur le forum…

Le but est de ne pas se contenter de l’inertie de l’époque, de montrer qu’une pensée alternative aux dogmes, dissidente sans persécuter est possible, que le mieux est possible.


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Hôpital 2019 : où l’on prend soin d’êtres humains, ou lieu de traitement d’objets à soigner ?

le 07/06/2019 par Groupe Ethique de l'Aressad - Groupe Ethique de l'Aressad

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La réflexion du GEA :

le 07/06/2019 par Groupe Ethique de l'Aressad
 
Dans quel monde naît-on ? Selon la localisation géographique des parents, la petite maternité de proximité a été fermée par souci de sécurité. Ils prennent donc la route pour un trajet d’une heure au lieu d’un quart d’heure, avant.
Quand enfin les futurs parents arrivent au grand hôpital, sont-ils traités avec les égards dus aux voyageurs courageux, en attente de bienveillance, d’attention et de sécurité, ou les accueille-t-on comme d’énièmes objets qui arrivent sur une chaîne de traitement d’une grande usine ?...

Un peu plus tard, quand le système lui aura prêté vie, l’enfant jouera. L’enfant aime ses jouets, puis ne les apprécie plus lorsqu’il grandit, car ils deviennent à ses yeux des objets dont il s’est lassé, dont il n’a plus intérêt à prendre soin. C’est la vie, ça se comprend… Mais depuis quand aller à l’hôpital ou être soigné chez soi est-il un jeu ?

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Le care, littéralement « prendre soin », est un concept complexe, qui comprend tous les soins du quotidien ayant pour but d’entretenir l’énergie vitale d’une personne vulnérable. Le cure, littéralement « guérir », est un concept restreint aux soins techniques, dont l’application a pour but de limiter la maladie et qui, sans le care, écarte l’aspect relationnel de fond entre personnes soignantes et soignées. Autrement dit, dans tout « bon soin », le cure et le care doivent coexister. Mais lorsqu’il y a prévalence absolue du cure sur le care, prévalence du traitement à appliquer sur la personne qui doit le recevoir, prévalence de la froideur technique sur la chaleur émotionnelle, il y a anéantissement de l’humanisation du soin ; alors, il y a déshumanisation, chosification du soigné.

Pourtant, un grand nombre d’êtres humains connait la théorie  du psychologue Maslow ; tellement citée abstraitement, mais si peu appliquée concrètement. Oui, on oublie ou on tronque ce classique dans un grand nombre de situations. Rappelons simplement ici que, du plus basique au plus élaboré, les besoins de l’humain se hiérarchisent comme suit : vitaux, sécuritaires, affectifs, d’estime de soi et de réalisation sociale. Alors, reposons-nous la question : satisfaire aux besoins basaux suffit-il à véritablement prendre soin ?


Afin de mettre les choses en relief, faisons un pas de côté vers une question précise : quid aujourd’hui de la réalisation des soignants ? Peuvent-ils encore authentiquement faire preuve de sollicitude à l’égard de ceux dont ils sont censés prendre soin, lorsque leurs besoins fondamentaux, à eux, sont aussi déconsidérés ? On ne leur demande plus de penser mais d’exécuter des soins techniques, dans un temps défini et comptabilisé. C’est la robotisation des soignants, donc celle des soins.
Arrêtons de nous cacher les yeux : ceux qui doivent soigner sont désormais généralement aussi vulnérables que ceux qu’ils doivent soigner ; car eux aussi sont devenus des objets pour ceux qui « gèrent » le système. Alors, selon ce constat, quoi d’illogique pour ces soignants-objets à traiter l’autre comme leur égal ?!

A quoi et à qui un tel nivellement peut-il profiter ? La question est sérieuse.
La loi, les mœurs et la réflexion éthique traduisent une réalité. D’aucun pourrait taxer notre constat pessimisme d’un manque d’honnêteté intellectuelle. C’est en effet ce qu’un bon technocrate nous opposerait. C’est ce qu’ils opposent toujours de leurs hauteurs de gestionnaires non-soignants. Probablement par oubli momentané que nous sommes tous, eux et leurs proches compris, des malades en sursis. Bref… Heureusement, le système subsiste grâce à des individualités soignantes qui, lorsqu’il leur reste suffisamment de ressources disponibles, parviennent à tenir leur rang.

Ce texte est le reflet d’une réflexion sur les nouvelles origines de la déshumanisation des soins. Mais revenons juste un instant aux fondations ensevelies pour tenter d’avancer.
Primum non nocere : avant tout, s’abstenir de nuire ; à la santé, physique et mentale, individuelle et collective ; aux entourages, générations après générations ; à la dignité ; à la liberté ; aux droits… En effet, le serment de ne pas nuire à l’autre par ses croyances, ses opinions, ses décisions, ses attitudes, ses paroles et ses actes devrait être prêté par chaque acteur du prendre soin ; et nous en sommes tous, car laisser hypocritement les médecins seuls gardiens de temples est une erreur. Chacun doit veiller : ASH, directeur, secrétaire, comptable, ministre, éducateurs, assistant social, psychologue… Nous en oublions, à eux de se reconnaitre ; reconnaissez-vous.

A travers ce questionnement sur les valeurs qui animent actuellement le système de soins, se pose en réalité la question de la valeur que chacun accorde actuellement à l’humain. Alors, qu’est-ce qui nous confère notre humanité ? Qu’est-ce qui nous confère notre statut de soignant ? Ce sont des questions à se poser et à se reposer sans cesse, prioritairement à celle de comment faire des économies ; car, non, la santé n’est pas une économie comme une autre.


L’industrialisation de l’hôpital est une réalité en 2019, et les témoignages de l’inhumanité de ce qui se joue dans les entreprises sont pléthore… Chacun a malheureusement une histoire qui le concerne à raconter à ce sujet.

Oui, notre indignation conduit au constat amer et dérangeant d’une société individualiste, en perdition, orchestrant elle-même sa propre perte de repères. Dans une telle dynamique, difficile d’aller loin et mieux. Dans un tel monde, c’est aussi logique que chacun choisisse de s’occuper de soi et des siens proches, en désinvestissant le reste du monde et ceux qui le peuplent. C’est l’animalité humaine qui ne dépasse pas le niveau sécuritaire de la pyramide de Maslow.

Cependant, lorsque nous discutions de tout cela et tentions de trouver une voie d’élévation, une amie autour de la table, ayant elle-même longuement séjourné à l’hôpital il y a peu de temps, nous fit finalement taire. Elle dit : « j’étais malade et faible, concrètement à l’agonie et pouvant objectivement mourir d’un instant à l’autre. Pourtant, après les conflits avec les soignants, comme un dernier ressort, j’ai choisi de mettre ma colère de côté, celle-ci pouvant être une béquille dans l’urgence, mais en aucun cas un moyen de communication. A partir de cet instant, je n’ai cessé de réhumaniser systématiquement les erreurs qu’ils commettaient à mon égard… Un jour, une infirmière s’est assise sur mon lit et a pleuré. Moi, malade, j’ai consolé celle que j’avais ramenée à la dure réalité qu’aucun humain digne de ce nom ne saurait supporter. Dès lors, nous n’étions plus des objets chacune dans notre coin, mais des êtres humains prêts à prendre soin l’une de l’autre », comme des adultes.

On ne sait jamais dans quel monde on nait, mais on connait toujours celui dans lequel on va mourir, puisque nous avons tous une vie pour le préparer ; et cette vie n’est pas un objet, autant que le soin n’est pas un petit jeu qui coûte cher.

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